Vendredi 15 juin 2007 5 15 /06 /2007 13:53

Le premier kamikaze

Le soleil est brûlant, je le sens sur mes épaules nues, comme je perçois également la brûlure des regards haineux posés sur moi, le chrétien. Je n’ai pas de haine, un chrétien n’a que l’amour dans le cœur, du moins on essaye.

L’arène est immense, et lorsque que l’on s’y trouve seul, au milieu, exposé à la vue de tout ceux qui sont installés dans les gradins, on a la vague impression d’avoir rétréci, d’être minuscule. Cette impression est confortée par la taille de cet animal qui vient de faire son entrée. Il secoue sa crinière en tous sens comme s’il s’ébrouait. Ses canines blanches et acérées brillent, à croire qu’ils les ont brossées avant son entrée en scène ! Il me regarde en coin, me jauge : Suis-je comestible ?

Je n’ai pas bougé au moment où il est arrivé, je suis simplement resté agenouillé, les mains jointes, je prie : sauvez mon âme, seigneur…sauvez celle de ces pauvres pécheurs…protégez les miens du mal…donnez moi la force d’accepter mon destin…accomplissez votre volonté…mais vite !

Seuls mes yeux sont mobiles, ils suivent les allées et venues de la bête, à gauche , à droite, il ne semble pas décidé… Peut-être se demande-t-il pourquoi je reste inerte à le regarder alors que je devrai courir en zigzag en poussant des hurlements de terreur. Il n’a à l’évidence jamais vu quelqu’un de ma sorte, je suis le premier chrétien qu’il est doit se mettre sous la dent.

Soudain je me lève. Mes genoux me faisaient souffrir, à quoi bon rester dans cette position inconfortable puisque de toue manière l’heure du châtiment est proche. Ma seule et unique faute est d’être chrétien, cette religion n’est pas très prisée dans ce monde, mais mon sacrifice à la gloire du seigneur va changer tout cela.

Je marche vers le lion, tout en continuant ma prière, inlassablement. Mes pas sont lents mais précis, je ne chancelle pas, je m’approche inexorablement de ma fin, je le sais mais une étrange force m’envahit, comme un espoir, je n’ai pas peur, une conviction profonde me remplit, me transporte jusqu’à lui, le lion, puis notre seigneur. Le lion a stoppé ses allées et venues, il s’assied. j’entends dans le lointain comme un bourdonnement : celui de la foule qui pousse un cri de déception, ils sont tous debout, hurlants : "  mais tue-le ! " ils s’adressent au lion, bien, sûr…

Celui-ci se lèche les babines, il attend mon arrivée. Je ne suis plus qu’à un mètre de lui, sa queue remue légèrement. J’avance encore, je sens son haleine chaude. J’étend la main vers lui tout en continuant de prier.

Le lion ouvre large sa gueule, et pousse un rugissement puissant puis il abaisse la tête, et se couche dans la position du sphinx. Ma main est sur sa crinière, je le caresse doucement, il ronronne, et je lui chuchote à l’oreille qu’il est comme moi une créature du seigneur, il relève la tête vers moi, il sait que s’en est fini de nous deux, il a lui aussi remarqué l’entrée des gladiateurs armés de leur épées.

Tous droits réservés Isabelle bouvier Juin 2007

Par BOUVIER - Publié dans : nouvelles
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